• Joël GUERRIAU

Audition de Mme Laurence Boone Secrétaire d'État auprès de la ministre de l'Europe

Dernière mise à jour : 13 oct.



Alors que l’on sort d’une réunion informelle du Conseil européen qui s’est tenue vendredi à Prague, les dossiers à l’ordre du jour du Conseil européen des 20 et 21 octobre prochains restent inchangés depuis plusieurs mois maintenant.

A la crise ukrainienne, vient se greffer une nouvelle crise, accentuée par la première : celle de l’énergie. Nous ne connaissons pas encore la profondeur de cette dernière mais déjà nos territoires et citoyens souffrent.

Les réponses apportées par les Européens au conflit nous honorent, mais elles nous plongent également face à nous-mêmes et aux lacunes de notre système énergétique. Car la guerre en Ukraine exacerbe ce qui est latent et que nous n’avons pas réglé.

Le marché intérieur européen de l’énergie, inachevé, est surtout à réorienter. Si les disposions que nous prenons actuellement semblent aller dans le bon sens, une réflexion plus profonde est à mener. Ce qui ressort de la réunion de Prague est intéressant à bien des égards et d’abord sur le fait que les accords restent difficiles à trouver.


Ce sommet était considéré comme une sorte de pré Conseil européen. Les points essentiels tels que le plafonnement du prix du gaz ou encore des aides financières ont été évoqués. Force est de constater qu’il reste du travail à effectuer, pour se mettre d’accord, avant le 20 octobre prochain.


En tant qu’observateurs, nous voyons quelques lignes se dessiner avec une Allemagne que l’on pourrait croire s’éloigner de la solidarité qui incombe à l’Europe. Madame la Ministre, quid du moteur franco-allemand dans cette nouvelle crise ?

Les deux pays avaient réussi à entraîner l’Europe vers d’importants progrès et des textes nécessaires lors de la pandémie Covid-19.

Sommes-nous si éloignés ? Quels sont les derniers obstacles à un accord ?


Comme je le disais, ces réponses devront être accompagnées d’une réflexion plus profonde. La structure de notre système est à revoir. Nous devons faire de cette crise un point de départ vers les transitions que nous nous sommes nous-mêmes fixés. Je pense surtout aux aides et prêts qui pourraient être accordés. Il faut qu’ils servent à réformer notre système tout en préservant nos acquis.


Malgré nos volontés d’indépendance et de souveraineté face au reste du globe, nous européens, restons encore bien exposés aux tumultes du monde.


Très concrètement, nos citoyens souffrent de la crise énergétique, il en va de même de nos collectivités. Quant à nos entreprises, mon groupe a alerté le gouvernement la semaine dernière sur les risques d’une perte de compétitivité. Un tel choc pourrait malheureusement être accompagné d’une désindustrialisation massive.


Si les usines européennes ferment à cause du prix de l’énergie, comment allons-nous produire pour répondre à nos besoins ? Nous devrons importer et notre souveraineté économique en sera affaiblie.


Si nous n’avons plus d’engrais ou que les prix de l’exploitation agricole s’envolent faute d’approvisionnements, comment allons-nous nous nourrir ? Nous devrons importer et notre souveraineté alimentaire sera affaiblie.


Si les coûts de fonctionnements deviennent beaucoup trop importants, comment nos collectivités s’en sortiront-elles ? Enfin, comment les peuples européens passeront cette hiver et l’hiver prochain ? Sur ce dernier point Madame la ministre, avons-nous des objectifs de stockage ainsi que des exigences sur les origines de nos approvisionnements pour l’hiver 2023-2024 ?

Enfin, je terminerai par le volet défense. Il faut une politique extérieure européenne plus ambitieuse. Je l’ai appelée de mes vœux, et à plusieurs reprises, notamment lors de la parution de la boussole stratégique européenne.

Madame la ministre, depuis presque 8 mois maintenant les lacunes de la défense européenne apparaissent au grand jour. Nos infrastructures ont été touchées, acte de sabotage ou non, nous devons prendre cela en compte. Nos voisins russes menacent ouvertement le monde d’une guerre atomique. En tant que puissance nucléaire, la seule au sein de l’Union européenne, nous portons une lourde responsabilité.

Madame la ministre, n’est-il pas temps de penser plus en cohérence la réponse européenne et les politiques internationales des États Membres, notamment au sein des instances internationales ?


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