• Joël GUERRIAU

Mon intervention du 5 octobre sur la lutte contre l’antisémitisme



En guise de préambule, je voudrais relever que l’examen de cette proposition de résolution portant sur la lutte contre toutes les formes d’antisémitisme coïncide ce jour à une cérémonie internationale officielle commémorative de l'Holocauste de Babi Yar à Kiev, en présence du président allemand Frank-Walter Steinmeier et du Président Israélien Isaac HERZOG.


Ce 80ème anniversaire nous rappelle deux journées funestes où 33.000 victimes juives ont été exécutées par balle les 29 et 30 septembre 1941 à Babi Yar. Un ravin aux abords de Kiev creusé par une rivière, lieu d’extermination par les nazis de la population juive de la ville dans sa totalité.


Il s’agit du plus grand massacre de la Shoah ukrainienne. Il est important de le rappeler en mémoire de tous ces innocents assassinés au nom d’une idéologie barbare.


Il est d’ailleurs intolérable de songer qu’en Ukraine le bataillon néo-nazi Azov parade en toute liberté avec un symbole qui ressemble particulièrement à celui de la 2e division SS Das Reich.

La proposition de résolution dont nous débattons cet après-midi est pertinente et bienvenue.

Depuis de nombreuses années déjà, notre pays doit malheureusement affronter une résurgence de l’antisémitisme et nous déplorons la spirale insupportable d’actes antisémites de plus en plus violents. C’est inédit depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mireille Knoll, Sarah Halimi, Ilan Halimi, les victimes de l’école Ozar Hatorah de Toulouse, ou encore celles de l’Hyper Cacher de Vincennes : la liste ne cesse de s’allonger.

Ces hommes, ces femmes et ces enfants sont morts parce qu’ils étaient juifs. A ces crimes, il faut ajouter les profanations et dégradations de sépultures et de lieux de culte, les insultes et les agressions physiques.

L’antisémitisme, c’est l’intolérance, la haine et la violence. L’antisémitisme, c’est le refus de nos lois. C’est un poison portant atteinte à la France et à nos valeurs républicaines.

Il faut le réaffirmer autant que nécessaire car « il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée ». Ces mots de Charles Péguy devraient inviter certains candidats à la Présidentielle à davantage de modération.


Oui, nous avons le devoir d’empêcher que l’inacceptable ne devienne ordinaire, que l’insupportable ne se banalise !

A cet égard, la proposition de résolution vise à faire approuver la définition de l’antisémitisme fixée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste – cette organisation internationale fondée en 1998, regroupant 31 pays et à laquelle appartient la France - renforce et promeut, l’enseignement de la Shoah, la recherche et la mémoire.

La courte définition par l’IHRA est complétée par une série d’exemples, afin de permettre de mieux identifier les actes antisémites. La formulation de ces exemples permet de ne pas se heurter à la liberté d’expression.

Je me félicite que soit ainsi précisé que « les critiques à l’égard d’Israël comparables à celles exprimées à l’encontre d’autres pays ne peuvent être qualifiée d’antisémites ».

En effet, la France a toujours considéré les libertés d’expression et d’opinion comme des valeurs les plus fondamentales de la République.

Monsieur le Ministre, chers collègues,

Cette définition, qui n’est juridiquement pas contraignante et n’est pas destinée à le devenir, tend à faire connaître et comprendre ce qu’est l’antisémitisme et à apporter un éclairage opportun sur le « fait antisémite ». Elle vise donc notamment les milieux scolaires et universitaires. Elle sera également utile pour les forces de l’ordre et les magistrats.

Adopter cette proposition de résolution constitue donc un geste symbolique fort au sein de notre assemblée : c’est montrer notre détermination collective à combattre l’antisémitisme et, par là-même, tous ceux qui, par leurs propos ou leurs actes, sèment la haine et l’intolérance.

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