• Joël GUERRIAU

Mon intervention sur les conclusions du rapport « Abysses : la dernière frontière ? »

Dernière mise à jour : 13 oct.




« Les Français aiment la mer, mais ils la connaissent mal » disait Jacques Chirac. La surface maritime de la France est, en effet, 17 fois supérieure à sa surface terrestre. C’est dire à quel point il est difficile d’appréhender la présence française sur tous les océans.


Ces vastes espaces contiennent un volume potentiel de ressources maritimes très important. Parmi celles-ci se trouvent les ressources de nos fonds marins.


Nous ne connaissons que très peu ces fonds. Il est en effet relativement difficile et coûteux d’explorer les abysses, surtout lorsque les profondeurs se compte en milliers de mètres.

De précieuses ressources minières sont néanmoins susceptibles de s’y trouver. Nous ne sommes pas les seuls à nous intéresser à ces ressources. En Europe, l’Allemagne et la Norvège sont en train de creuser l’écart. Elles restent pourtant encore loin derrière les deux super puissances que sont les États-Unis et la Chine.

L’une de nos premières priorités doit être l’exploration. Dresser l’état des lieux de nos fonds marins est indispensable pour préserver efficacement notre biodiversité. Cela l’est tout autant pour déterminer l’existence de ressources minières.


Il nous semble à cet égard que la France doit investir suffisamment dans la technologie pour mieux contrôler ses espaces maritimes. Les drones sont une technologie particulièrement utile à l’exploration sous-marine : il est essentiel que nous puissions la maîtriser.


Certains pays s’intéressent d’ailleurs de près à nos territoires, notamment dans le Pacifique. Pour les ressources qu’ils pourraient contenir mais aussi car nos fonds contiennent des infrastructures stratégiques : câbles de communication mais aussi pipelines. De récents sabotages soulignent leur caractère stratégique, ainsi que la volonté de certains acteurs de les instrumentaliser.


Dans ces conditions, la France doit bâtir une stratégie afin de ne pas être déclassée, d’être en mesure d’assurer sa souveraineté sur ses espaces et d’exploiter les ressources qui s’y trouvent.


Les recommandations du rapport d’information traduisent la nécessité d’investir le sujet. Notre groupe est bien sûr favorable au renforcement du rôle du Parlement dans le développement de ces projets, il est nécessaire de parvenir à des solutions équilibrées pour permettre à la France d’avancer.


Nous sommes également très favorables au retour d’un ministère de la mer de plein exercice. Cela contribuerait à redonner toute sa place à cette dimension majeure. L’Histoire démontre amplement que la maîtrise des mers est un important facteur de puissance.

Mon cher Michel CANEVET le mercredi 24 octobre 2014 reste gravé dans ma mémoire avec amertume. Nous débattions de la loi relative à la délimitation des régions. Nous défendions ensemble une Bretagne à 5 départements. Nous voulions créer un pôle mondial de compétitivité mer conciliant tous les domaines de la recherche jusqu’à la construction navale. Économiquement, la Bretagne à cinq départements, c’était la constitution d’une vraie région maritime, avec en façade deux grands ports, Brest et Nantes-Saint-Nazaire. La Bretagne, berceau naturel des activités en lien avec la mer, est une porte naturelle sur le monde pour conduire une grande politique maritime utile à l’ensemble de la France à l’heure où l’essentiel du trafic mondial de marchandises s’effectue par voie maritime. Nous n’avons pas été entendus et aujourd’hui nous constatons toujours une perte de compétitivité des ports français avec des besoins d’investissements importants.


Par ailleurs, il est indispensable que notre pays soit en mesure de garantir sa souveraineté sur l’ensemble de ses espaces. Pour être crédible, elle doit disposer des moyens adéquats, notamment militaires. Il ne serait cependant pas réaliste de croire qu’avec des moyens limités, la France serait en mesure de rivaliser avec les capacités américaine ou chinoise.


Notre pays peut néanmoins renforcer ses moyens en concluant des partenariats avec des puissances qui partagent ses intérêts. En juin dernier, la France et Singapour ont ainsi conclu un accord de soutien logistique, bénéficiant aux armées de nos deux pays.


Nous ne disposons pas de moyens militaires nous permettant de contrôler intégralement les vastes étendues qui sont sous notre juridiction. A l’inverse Singapour détient d’importants moyens mais n’a pas l’espace suffisant pour les déployer.


Cette relation est bénéfique pour nos deux pays. Elle pourrait servir de base à une stratégie plus globale. J’espère que la construction d’un nouveau porte avions se fera comme prévu, en renforçant nos coopérations et alliance face à des super puissance qui envahissent les espaces maritimes. Nos partenaires européens disposent en effet de capacités significatives.

La Suède construit ainsi la coque d’une frégate de 7 000 tonnes, nombre de systèmes embarqués sont français.


Les fonds marins seront l’un des prochains enjeux de rivalité entre les États. Ils constituent d’importantes sources de développement économique. Un rendez vous à ne pas manquer !


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